Les Genoux dans le Gif, Gasnam, Runner Blagueur et autres réinventent la scène running sur Instagram. Comment le second degré, la mode et la culture du sport redonnent vie à un univers pas vraiment connu pour son « fun ».
Comment Les Genoux dans le Gif ou Gasnam parlent de running à la Gen X sur Instagram et TikTok.
La course à pied, c’est sérieux. Les genoux, c’est fragile. Le running, c’est dur. Mais sur Instagram, quelque chose a changé : le running est devenu drôle, accessible, revendiqué, caricatural et stylé. Entre memes, références pop culture, titres absurdes et looks improbables, des comptes comme Les Genoux dans le Gif et Gasnam ont pris la course à pied par la main.
Aujourd’hui, on ne parle plus de kilomètres, de Strava et de foulées parfaites. On parle de culture du running, de private jokes, de communautés, du petit foulard qui va bien, et de tenues improbable. Le running, c’est un sport, mais c’est surtout une scène, une mode, une communauté. Et c’est surtout une bonne histoire à raconter.
Quand le running devient un mème.
Il y a encore quelques années, un compte Instagram de running digne de ce nom, c’était :
- analyse de chronos, montres, courbes de performance,
- des photos de paysages époustouflants,
- des conseils techniques
- des messages inspirants
- les résultats des courses du week end.
Et les premiers comptes humoristiques sont arrivés avec un postulat simple :
Et si le running pétait un coup ?
C’est là qu’intervient Les Genoux dans le Gif : un compte qui traite les coureurs comme des superstars interplanétaires, le trail comme un feuilleton, et les runs comme des séries de courts‑métrages insensés. On y trouve du trail farci de références pop culture, le tout enrobé d’un ton ironique délicieusement décalé.

Le running n’est plus une discipline fermée : c’est une matière à sketchs, à « gestes techniques », à running gag (le fameux terrain technique pour l’EcoTrail…) et à happening.
Le contenu trouve un écho auprès des gardiens du temple running, mais aussi auprès de ceux qui n’y connaissent rien.
Et ce n’est pas le seul : derrière Les Genoux dans le Gif, émergent des comptes comme Runner Blagueur ou d’autres acteurs qui jouent sur la distance humoristique.
Un compte comme Runner Blagueur, reprend tous les codes des comptes parodiques qui pullulent sur Insta pour adapter mèmes et trends humoristiques à l’univers si premier degré du running.
Le second degré, nouvelle posture du Runner Instagram.
Le plus gros apport de ce type comptes, c’est d’avoir démystifié la souffrance. Avant, on montrait son exploit. Maintenant, on valorise ses échecs.
Tout devient matière à rire. Le coureur moyen n’a plus besoin d’être un athlète pseudo affûté pour être crédible. Il peut être un humain bancale avec une aspiration héroïque. Le second degré retrouve son rôle une protection mentale. Il permet de dédramatiser la performance et permet à chacun de se sentir à sa place.
Le running, est moins une course qu’une tranche de vie partagée.
Le second degré est l’outil qui permet de ramener tout le monde, superstar et coureur du dimanche; à égalité.
Charles Masset, l’univers métahéroïque du coureur du dimanche.
Dans ce paysage de running décalé, le compte chmasset96 apporte une touche singulière : il invente un univers métahéroïque, mi‑parodique, mi‑grandiloquent, où le coureur du dimanche se transforme en personnage de série B.
Sur ses publications, Charles Masset se met en scène comme un « brave », voué à la souffrance, avec une ironie si assumée qu’on a envie de faire partie de son univers.
Le compte joue sur des chansons épiques, des annonces grandiloquentes, des défis imbriqués dans un scénario improbable, et un second degré dont seule la culture belge a le secret. On y trouve des défis “abominables”, des runs présentés comme des épopées, des victoires célébrées avec une emphase digne d’un péplum.
Tout cela est porté par une écriture très picturale, exagérée, qui transforme chaque sortie en mini‑saga délicieuse.
Dans l’univers de Charles Masset, le running sur Instagram est un terrain de jeu narratif : on ne court pas pour se sentir bien, on court pour rejoindre une histoire absurde et jubilatoire. Ce mélange de grandiloquence, de dérision et de culture belge vient compléter l’ADN de la nouvelle scène running : là où les comptes traditionnels racontent, lui met en scène un monde où le coureur lambda devient un héros du dimanche.
Le running, vu par la mode.
Le renouveau du running ne passe pas seulement par l’humour. Il passe aussi par la mode.
Quand Les Genoux dans le Gif et consorts racontent des histoires drôles , Gasnam parle de fashion.
Il parle de looks, d’accessoires inutilement indispensables, de cheveux qui tombent, de casquettes et de foulards (oui, de foulards).
Il fait entrer les codes vestimentaires du running dans l’univers de la Gen X : les shorts ajustés, les tee‑shirts troués, les chaussettes à motifs , les sweats « boxy ».
Le running devient un terrain de mode. On veut courir stylé.
Les nouvelles marques de running saisissent le mouvement : collab’, capsule, produits dérivés, vêtements techniques mais conçus pour être vus. Instagram devient la vitrine de ce nouveau vestiaire sportif.
Les comptes humoristiques jouent là dessus avec intelligence : ils mêlent critique douce du marketing et plaisir de la mise en scène. Ils parodient les slogans, multiplient les références absurdes, et finissent par créer une esthétique propre au running décalé.
On assiste à la naissance d’un style de coureur : celui qui se moque de la performance, mais assume un look appuyé, surtout pour le sentiment d’appartenance qu’il procure.
Une nouvelle culture du running (et pas que du sport).
Si ces comptes sont populaires, ce n’est pas parce qu’ils parlent de running. C’est parce qu’ils parlent de culture. Ils construisent un communauté.
Les Genoux dans le Gif, Gasnam, Charles Masset et les autres créent une contre-culture running, officialisant la culture running.
Le running sur Instagram devient un espace de d’inclusion : on rit, on se moque, et en même temps on se soutient. Les comptes humoristes jouent sur la force de la communauté. Ils créent des références, des rituels, des codes implicites.
Le rôle d’Instagram dans le rajeunissement du running.
Le phénomène ne serait pas aussi fort sans Instagram. Les formats courts, les Reels, les stories, les trends, tout concourt à faire du running un objet de contenu :
- capsules courtes,
- montages rapides,
- textes percutants,
- références visuelles fortes.
Le résultat est une expérience de contenu qui rend le running accessible, même (surtout) à ceux qui ne courent pas. Un follower peut se sentir proche du running sans jamais avoir enfilé une paire de super shoes.
La pratique du running devient secondaire, mais sa culture prend une place centrale.
Instagram, en cela, ne se limite plus à une vitrine de performance. La plateforme est un terrain de création, de narration, de partage.
Pourquoi ces comptes parlent à une nouvelle génération de coureurs.
Derrière ces comptes, il y a une nouvelle génération de coureurs, ou de “potentiels” coureurs. Ils ne veulent pas d’un discours moraliste. Ils ne veulent pas de leçons de performance pure. Ils veulent de l’humour, de la vérité et de l’inclusion.
Les Genoux dans le Gif et Gasnam répondent à cette attente. Ils parlent sans filtre de la réalité du running : la douleur, l’envie d’arrêter, la fatigue, les blessures, les doutes.
Grattez la couche humoristique, et vous y trouverez un message simple :
Courir, c’est difficile, mais c’est possible. Pour tout le monde.
Ces comptes parlent à ceux qui n’ont pas de Strava, à ceux qui n’ont jamais couru plus de 5 km, à ceux qui se demandent “mais est‑ce que je pourrais vraiment y arriver ?”. Ils rassurent, motivent, et donnent envie de tenter.
En même temps, ils parlent à ceux qui ont déjà couru : ils leur rappellent pourquoi ils aiment ça, même quand c’est dur. Ils créent un lien entre la réalité du running et la culture qui l’entoure.
Le running, n’est plus un sport.
Aujourd’hui, grâce à Les Genoux dans le Gif, Gasnam et les autres, le running un acteur de la pop culture.