
Pas une pub, un film.
Le 6 mai 2026, Adidas a posté quelque chose de rare sur YouTube. Un film de cinq minutes, scénarisé, joué, monté, intitulé Backyard Legends : The Greatest Football Story Ever Told.
Timothée Chalamet en narrateur et recruteur. Lionel Messi, Lamine Yamal, Jude Bellingham et Bad Bunny quelque part au milieu. Et des légendes comme Zidane, Beckham et Del Piero qui planent en arrière-plan, fantômes d’un football d’or que le film convoque avec nostalgie.
Le message central : You Got This. Pas un slogan creux. Une philosophie. Adidas ne vend pas des chaussures de foot. Elle vend la conviction que la légende commence dans ta backyard.
Adidas et le football : une histoire qui commence avec une semelle.
Pour comprendre pourquoi Backyard Legends est important, il faut remonter en 1954.
Finale de Coupe du Monde à Berne, Suisse. L’ Allemagne de l’Ouest (RFA) face à la Hongrie, favorite incontestée. Il pleut fort. Le terrain est un champ de boue.
Et là, Adolf « Adi » Dassler, fondateur d’adidas, fait quelque chose d’inattendu. Il équipe les joueurs de crampons à vis interchangeables, une innovation que personne d’autre ne propose encore. Les Hongrois, bloqués sur leurs semelles fixes, s’enfoncent. Les Allemands, eux, s’adaptent. Victoire 3-2. Le « Miracle de Berne » entre dans l’histoire. Adidas aussi.
Ce n’est pas une anecdote. C’est l’ADN d’une marque qui a littéralement changé le cours d’une Coupe du Monde. Depuis 1970, adidas fournit le ballon officiel de chaque édition de la compétition. Depuis 1978, ses maillots habillent les nations. La Copa Mundial, lancée en 1979 ,littéralement baptisée « Coupe du Monde », reste la chaussure de foot la plus vendue de l’histoire.
Adi Dassler avait fondé une institution footballistique. Et 77 ans plus tard, avec une CDM sur sol américain, la marque joue sa partition habituelle : être là où l’histoire s’écrit.
Backyard Legends : entre Hollywood et l’agence créative la plus innovante de la planète.
Derrière Backyard Legends, il y a une chaîne de production qui mérite d’être décortiquée.
L’agence LOLA USA : naître et signer un chef-d’œuvre, la même semaine.

La campagne est signée LOLA USA, une agence Omnicom qui vient littéralement d’être créée en avril 2026, née de la fusion de 180 et adam&eve DDB New York. Adidas est l’un de ses tous premiers clients, aux côtés de Porsche et Disney.
LOLA a des racines madrilènes. L’agence originale, Lola Mullen Lowe, revendique un « esprit créatif latin » qui fait sens pour une CDM co-organisée par les États-Unis, le Mexique et le Canada. On n’improvise pas un film comme Backyard Legends en deux mois : la préparation a clairement précédé la naissance officielle de l’agence.
Mark Molloy : le réalisateur qui navigue entre Cannes, Lions et Netflix.
La mise en scène est confiée à l’australien Mark Molloy.
Son profil est rare : formé en design graphique, passé chez Why Not Associates à Londres dans les années 90, il devient l’un des réalisateurs de pub les plus récompensés au monde. Grand Prix Cannes Lions, Director of the Year aux Ciclope Awards et aux British Arrows, shots Awards…
Sa série de pubs pour Apple, The Underdogs, a dépassé 157 millions de vues et remporté le Film Grand Prix à Cannes.
En 2024, il signe son premier long-métrage : Beverly Hills Cop: Axel F pour Netflix, avec Eddie Murphy.
Untold Studios : les magiciens des VFX.
L’esthétique spectaculaire du film, est l’œuvre d’ Untold Studios, boîte de production et de VFX. Le rendu final mélange une nostalgie analogique des années 90 (coiffures d’époque, filtres d’archive, technologie vintage) et un sens du spectacle contemporain parfaitement calibré pour les neo-média que sont YouTube et Instagram.

Timothée Chalamet : le fan, pas la star.
Choisir Timothée Chalamet comme fil conducteur du film n’est pas une décision de casting ordinaire. C’est un choix de crédibilité émotionnelle.
Dans le film, il dit lui-même : « I used to dream of playing with these guys. » Ce n’est pas du jeu d’acteur. Chalamet a grandi en poursuivant à vélo le bus de l’AS Saint-Étienne pour obtenir des autographes de Bafétimbi Gomis et Dimitri Payet. Il a déclaré à plusieurs reprises que les Verts sont « probablement l’équipe qu’il soutient le plus au monde ». Sa passion pour le ballon rond est documentée, réelle, non manufacturée.
Mais son profil va bien au-delà de l’anecdote sympa. Franco-américain, ancré dans la culture Gen Z, star mondiale du cinéma. Chalamet est le pont parfait entre la sensibilité européenne du football et le marché américain que la CDM 2026 tente d’ouvrir. Il parle aux ados parisiens et aux cinéphiles new-yorkais. Il parle aux joueurs de FIFA Ultimate Team du monde entier.
Adidas l’a choisi parce qu’il est l’une des rares célébrités capable de rendre le football cool aux États-Unis sans avoir à forcer quoi que ce soit.
Bellingham vs Yamal : l’El Clásico comme moteur dramatique.
La tension la plus intelligente du film, celle qui crée le vrai moteur narratif, c’est la rivalité entre Jude Bellingham (Real Madrid) et Lamine Yamal (FC Barcelone).

Ces deux-là se livrent une guerre de piques sur les réseaux depuis des mois. En octobre 2025, Bellingham légendait une photo post-Clasico avec « Talk is cheap« . En mai 2026, après le titre du Barça, Yamal reprenait exactement la même formule, mot pour mot, pour lui renvoyer la balle. L’échange est devenu viral. Les fans des deux camps ont adoré.
Ce que fait adidas ici est redoutablement malin : la marque réunit les deux rivaux dans la même campagne. Elle ne réconcilie pas les fans mais joue avec leur tension. Elle l’exploite le carburant narratif du Clasico. Bellingham et Yamal, dans Backyard Legends, ne sont pas des amis. Ce sont deux légendes qui se regardent en chiens de faïence, et c’est exactement pour ça qu’on ne peut pas détacher les yeux.
Trinity Rodman : l’inclusion par la compétence.
Intégrer des joueuses dans la campagne CDM d’adidas en 2026, ce n’est pas du quota. C’est de la stratégie, bien exécutée.
Trinity Rodman, 23 ans, attaquante de Washington Spirit, vient de signer le deuxième contrat le plus lucratif de l’histoire du football féminin (plus d’un million de dollars annuels avec adidas). Fille du légendaire Dennis Rodman, elle est l’un des visages les plus reconnus du sport américain chez les moins de 30 ans.
La guerre publicitaire : Nike vs adidas, 30 ans de duels en CDM.
La Coupe du Monde est le théâtre de guerre marketing le plus cher et le plus visible de l’histoire du sport. Et Nike contre adidas, c’est le duel le plus structurant de ce théâtre depuis 1994.
| Édition | Adidas | Nike |
|---|---|---|
| 1996 (avant CDM 98) | — | Le Bien contre le Mal : première grande pub foot de l’histoire, les stars Nike face à une équipe diabolique |
| CDM 1998 | Sponsor officiel de la compétition | Brazil Airport de John Woo : Ronaldo, Cantona et Ronaldinho dans un aéroport parisien. Nike vole la vedette sans être sponsor |
| CDM 2006 | José +10 : deux gamins rêvent d’une dream-team avec Zidane, Beckham, Ballack. Élue meilleure pub du Mondial par la FIFA | Joga Bonito avec Cantona, Ronaldinho, Zlatan, CR7. 400 millions de vues. Révolutionnaire |
| CDM 2010 | — | Write the Future avec Rooney, Drogba, Ribéry |
| CDM 2014 | — | Winner Stays : les jeunes se prennent pour des stars mondiales |
| CDM 2022 | Family Reunion : Messi, Benzema, Bellingham, narré par Stormzy. 1 minute, efficace | Footballverse : multiverse, Mbappé vs Ronaldinho. 4 min 26 sec. Coup de maître |
| CDM 2026 | Backyard Legends : 5 minutes, Chalamet, Messi, Yamal, Bellingham, Rodman, Bonmatí… | Suspense .. |
Nike a longtemps tenu le haut de l’affiche créative, avec des campagnes plus audacieuses. Et puis Adidas a répondu, en 2006 avec José +1. Des gamins et un rêve : l’essence même du foot.
Backyard Legends joue une autre partition.
La marque mise sur le spectacle, le cast hollywoodien, la durée longue. C’est la réponse directe au Footballverse de Nike en 2022. Adidas surenchérit : plus long, plus cher, plus ambitieux.
SoccerBible le résume bien : « Over to you, Nike. »
CDM 2026 aux USA : l’équation la plus complexe du football moderne.
Organiser une Coupe du Monde aux États-Unis en 2026, c’est une opération de terraformation culturelle. Le football (soccer) est encore en guerre pour sa légitimité dans un pays où la NFL, la NBA et la MLB trustent l’attention médiatique.
Un marché de 80 milliards de dollars.
Cependant, les projections économiques donnent le vertige.
La CDM 2026 devrait générer 80 milliards de dollars de production économique brute, à l’échelle mondiale, avec une contribution de 17,2 milliards au PIB américain. Le tournoi attend 6,5 millions de spectateurs, pour une dépense touristique estimée à 6,4 milliards de dollars sur sol américain. La FIFA projette 11 milliards de revenus propres sur la seule vente de droits broadcast et de partenariats.

Le « World Cup effect » adidas : déjà dans les chiffres.
L’impact est déjà visible dans les résultats financiers. Au premier trimestre 2026, adidas a publié une croissance de 14% de ses ventes à 6,6 milliards d’euros et un bénéfice d’exploitation en hausse de 16%. Le PDG, Bjørn Gulden, attribue explicitement ces chiffres à la demande anticipée de produits liés à la CDM. L’action a bondi de 7% le jour de l’annonce.
Pour l’année 2026, adidas vise un chiffre d’affaires record au-delà de 26 milliards d’euros et un bénéfice d’exploitation cible à 2,3 milliards. La Coupe du Monde n’est pas un événement de communication pour la marque. C’est le pilier de sa stratégie.

Pourquoi le film s’appelle « Backyard Legends ».
Adidas Backyard Legends est une déclaration d’intention : Adidas veut infuser la CDM 2026 dans la street culture américaine, pas seulement dans les « stades premium ».
C’est pour ça que Bad Bunny est dans le film. L’icône de la culture latine américaine rappelle que le soccer, aux États-Unis, ça parle d’abord espagnol, et que cette communauté est la clé du succès commercial de la compétition.
C’est pour ça que le personnage principal est interprété par un Chalamet qui joue au New-Yorkais nostalgique des matchs au Pier 40, plutôt qu’une star du foot, pas assez connues aux US pour faire un concensus de notoriété.
Ce que ça dit d’adidas en 2026.
Backyard Legends est la synthèse de tout ce qu’adidas est en 2026 : une marque qui dispose des athlètes les plus bankable du moment (Yamal, Bellingham, Messi, Rodman), d’un réalisateur qui navigue entre la pub premium et le cinéma de studio, d’une agence neuve mais ancrée dans l’énergie créative latine, et d’un acteur capable de porter le film à travers les générations et les cultures.
Le mantra You Got This court à travers les cinq minutes comme une main tendue.
Le message s’adresse aux pros sur les plus grandes scènes. Mais surtout aux gamins dans les cours d’immeubles, les parkings et les backyards…
Adidas a passé 77 ans à équiper les champions du monde. Le film rappelle que le foot ça commence toujours dans la rue.