Après la maladie, la maternité, la chirurgie ou des années d’excès, beaucoup utilisent la course à pied pour se réparer. On décrypte pourquoi courir devient un outil de reconstruction corporelle, psychologique et sociale.
Courir, ce n’est plus (seulement) un chrono, un sorti Strava ou une paire de super shoes à plaques carbone à plus de 200 €.
Pour beaucoup, le running est devenu un outil de reconciliation avec le corps, avec l’esprit, avec un « Moi » qu’on avait laissé de côté.
Après la maternité, la maladie, une chirurgie, ou simplement après des années de sédentarité, d’excès, de burn‑out, la première foulée devient un acte de reconquête politique personnelle :
Je reprends possession de mon corps.
Psychologues, médecins, sportifs de haut niveau et coureurs de terrain montrent aujourd’hui que le running n’est pas qu’un sport : c’est une manière de se réconcilier avec soi-même, pas à pas.

Après la maladie, la maternité ou la chirurgie : on redonne des droits à son corps
Après un cancer, une grossesse compliquée, une opération lourde, le corps devient un pays étranger.
On peut passer des semaines, parfois des mois, à ne plus se reconnaître dans le miroir :
ventre qui n’a plus rien à voir, cicatrices, douleurs, fatigue chronique, et cette impression désagréable d’être un accessoire mal branché.
La course à pied, dans ce contexte, devient un moyen de reprendre pied dans sa propre machine.
Un moyen de se dire que son corps est encore là, qu’on peut encore en faire quelque chose, même si c’est lent.
En (Ré)mission, de la rémission à la course
Un exemple concret en France est le programme En (Ré)mission, mené par l’Institut Gustave Roussy à Villejuif.
En 2025, dix patients en rémission après cancer sont accompagnés pour préparer ensemble le Semi‑Marathon de Paris.
Les séances sont encadrées, collectives et progressives.
L’objectif est simple :
- aider à retrouver la force musculaire,
- redonner une confiance en soi,
- et une identité autre que celle du simple patient.
Après plusieurs mois d’entraînement, Mila raconte un moment clé :
« Le jour où je suis allée courir seule, sans surveiller mon rythme, sans craindre de m’arrêter, j’ai compris que je n’étais plus la même qu’avant la maladie, que je pouvais être plus forte. »
On est loin de la logique de performance : ici, la première victoire, c’est d’arriver à à vivre avec soi‑même.
« Après ma chimiothérapie, je ne me reconnaissais plus. J’étais affaiblie, alourdie moralement. Mon oncologue m’a conseillé la marche rapide, puis la course à pied. Un an plus tard, je terminais mon premier semi‑marathon. Aujourd’hui, la course est mon refuge. Je cours pour me rappeler que je suis vivante. »
Le running comme outil de réparation après les excès
On ne choisit pas toujours ses débuts avec la course à pied.
Parfois, ça vient après une prise de conscience brutale : trop d’alcool, trop de sédentarité, trop de burgers, trop de fatigues, trop d’abus, ou tout ça à la fois…
La course devient un acte de réparation, pour reprendre le contrôle, sans se juger.
Courir pour pour ne pas se détester
Des programmes comme Running Medicine aux États‑Unis montrent que la course, pratiquée en groupe, aide à réduire l’isolement, bien sûr, mais aussi l’anxiété, et permet de renforcer la confiance en soi.
Les participants ne parlent pas de chrono, mais de « reprendre goût à la vie », à l’extérieur et à un corps qui se sent encore vivant.
« Quand je cours, je suis en contact avec mon moi le plus profond. Je me sens vivante et invincible. »
Deena Kastor, ancienne marathonienne olympique

Pour celles et ceux qui ont connus les excès, la course devient un rituel de sobriété. Le running c’est l’occasion d’apprendre à se respecter à nouveau, à écouter son corps, à se replacer au centre de sa propre attention.
Après l’alcoolisme
« La première fois que je suis sorti courir, j’ai fait 5 minutes, et j’ai pleuré.
Je n’avais pas pleuré depuis des années.
Courir, c’était la première fois que je faisais quelque chose pour moi, sans alcool. »
Le running devient un espace de vérité, un lieu où on ne se ment plus.
Pas de filtre éthylique ou Instagram. Pas de « je vais bien » de façade, juste du bitume, le bruit du souffle et les pulsations / minute.
Une bouffée d’air face à la pression sociale et pro
Dans un sens plus commun, le monde moderne est une machine à produire de la comparaison, de la pression.
N+1, réseaux sociaux, messageries instantanée non-stop, injonction de performance, tout ça pèse sur le corps et l’esprit.
Le running devient alors une trappe de décompression, un moment où on n’est plus réduit à un statut LinkedIn. Partir courir c’est un moment de déconnexion, pour se reconnecter avec son propre rythme, ses propres pensées, ses propres émotions.
Ce que disent les études
Une étude de 2024 montre que 1 personne sur 7 souffre de problèmes de santé mentale liés au travail.
Les chercheurs soulignent que le sport, notamment la course à pied, peut aider à gérer la pression, à condition de ne pas en faire un nouvel élément de performance.
Courir pour se sentir bien ok, mais pas courir pour se sentir meilleur que les autres.
Être un runner, c’est une façon d’affirmer sa valeur, en dehors du travail.
Dans un monde où le job définit qui on est, le running devient un espace de souveraineté personnelle. Je cours pour moi, pas pour un patron, pas pour un conseil d’administration, ou un bilan comptable.
Après un burn‑out
Un coureur de 42 ans, ancien cadre dans une multinationale, raconte :
« Après mon burn‑out, je suis parti de zéro.
La première course, c’était 1 km, trois fois.
Je ne me suis pas demandé si c’était honteux.
Et puis je me suis fixé mes propres objectifs, sans qu’un N+1 ne me demande des comptes, ne m’attribue un delai, ou qu’une équipe me mette la pression. C’était moi seul, et seulement moi. »Le running est un outil de réparation sociale, une manière de reconstruire une identité personnelle, en dehors des labels professionnels.
Run et EMDR : soigner les trauma
Le running ne se limite pas à la simple gestion du stress.
Dans certains cas, il est associé à des pratiques de psychothérapie, notamment la thérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing).
Qu’est‑ce que l’EMDR ?
L’EMDR est une psychothérapie validée pour traiter les traumatismes psychiques et le stress post‑traumatique (TSPT).
Elle est reconnue par l’OMS, la Haute Autorité de Santé et l’Inserm.
Le patient se remémore des événements (ou des images associées), tout en suivant des stimulations alternées : mouvements oculaires, stimulations tactiles, ou sonores.
Le but n’est pas de tout raconter en détails, mais de vider la charge émotionnelle.
EMDR et sportifs : dépasser le trauma de la blessure
Des psychologues utilisent l’EMDR chez les sportifs pour :
- traiter l’anxiété de performance,
- ou dépasser les séquelles psychologiques d’une blessure grave.
Après une opération du genou, Alexie Alaïs, athlète de lancer, ressentait une appréhension intense à reprendre la course d’élan.
L’EMDR lui a permis de travailler cette peur, de la désactiver, et de retrouver confiance dans son corps.
Running et EMDR : un mouvement qui répare
Des protocoles mêlent course à pied et approche inspirée de l’EMDR pour les personnes ayant vécu des traumatismes multiples.
Dans ces cas la course devient une forme de mouvement bilatéral (gauche, droite, gauche, droite), en rythme, qui aide à réduire l’hyperactivation émotionnelle,
L’activité est associée à des cognitions positives (« je suis capable », « je contrôle ») et à une baisse de la perturbation subjective.
Pour le coureur ordinaire, cela signifie que la course peut être un lieu de réparation intérieure.
Un endroit où l’on peut se laisser traverser par ses émotions, sans les fuir, sans se juger, en restant ancré dans le moment.

Conclusion : courir, c’est parfois juste se réclamer soi‑même
Courir n’est pas, et n’a jamais été une question de vitesse ou de distance.
C’est une pratique de réconciliation : avec son corps, avec son esprit, avec une version de soi-même.
Que ce soit après la maladie, la maternité, la chirurgie, ou après des années de sédentarité, d’excès, de burn‑out, le running devient un outil de reconstruction.
Il permet de se dire :
« Je reprends possession de mon corps.
Je reprends possession de mon temps.
Je reprends possession de ma vie. »
Comme le dit Deena Kastor :
« Quand je cours, je suis en contact avec mon moi le plus profond. Je me sens vivante et invincible. »
Pour beaucoup, cette phrase n’est pas une métaphore, mais une réalité.
Courir, c’est retrouver son amour-propre.