Mondial 2026 : la FIFA a-t-elle confondu Coupe du monde et campagne MAGA ?

Un Prix de la paix offert à Donald Trump, des supporters africains sommés de poser 15 000 dollars de caution, des fans latinos qui hésitent à franchir venir au stade pour ne pas finir en centre de rétention, et un football découpé en quart-temps pour caser des pubs Powerade. Bienvenue au Mondial 2026, l’événement sportif planétaire que Gianni Infantino a transformé en produit dérivé de la Maison-Blanche.


Le « Prix de la paix » de la FIFA, ou comment vexer un Nobel.

Le 5 décembre 2025, sur la scène du Kennedy Center à Washington, Gianni Infantino remet à Donald Trump le tout premier « FIFA Peace Prize ».

Une distinction créée pour l’occasion, deux mois après que le président américain a échoué à décrocher le Nobel de la paix qu’il convoitait publiquement. Selon le New York Times, la décision a été prise si vite que plusieurs vice-présidents de la FIFA l’ont apprise par voie de presse.

Le Monde parle d’un « sommet de la flagornerie ». L’ONG britannique FairSquare a saisi la commission d’éthique de la fédération, rappelant que les statuts de la FIFA imposent une stricte neutralité politique à ses dirigeants. Infantino, lui, persiste : interrogé en février 2026, il affirmait que Trump avait joué un rôle « déterminant » pour la paix « notamment à Gaza ». Au même micro, il évoquait la levée possible de la suspension de la Russie. On admire la cohérence.

L’épisode n’a rien d’anecdotique. Il acte ce que Doha 2022 avait laissé entendre : la FIFA n’est plus un organisme sportif qui louvoie avec les pouvoirs politiques. C’est devenu un appendice diplomatique qui leur tient la porte.

Bienvenue chez nous, à condition de pouvoir entrer.

Officiellement, Infantino promet que « tous les supporters seront les bienvenus« . La réalité du terrain, elle, ressemble à un parcours d’obstacles cofinancé par les fans.

Les supporters iraniens, haïtiens, vénézuéliens et cubains sont, eux, simplement interdits d’entrée. Le travel ban élargi de janvier 2026 cible désormais 38 pays en restriction totale ou partielle, dont la Côte d’Ivoire et le Sénégal, tous deux qualifiés pour la Coupe Du Monde. La fédération iranienne a déjà boycotté le tirage au sort, ses délégués n’ayant pas obtenu de visa. Pour l’équipe qualifiée, Washington a concédé une exemption, mais pour les fans, rien.

Les supporters africains ont eu droit à une trouvaille inédite : le « visa bond » de 5 000 à 15 000 dollars, exigé à 38 nationalités africaines pour décrocher un B1/B2. Devant l’ampleur du scandale, l’administration Trump a reculé partiellement le 13 mai 2026 en exemptant les détenteurs de billets via le « FIFA Pass ». Aux dernières estimations, seuls 250 fans environ étaient concernés : la mesure n’a donc rien désamorcé, elle a juste révélé son inutilité et sa fonction d’intimidation symbolique. Quant aux fans africains qui voulaient se déplacer sans billet sécurisé, ils restent sur le tarmac.

Les supporters latino-américains, eux, ont un problème plus inquiétant que le visa : l’ICE.

Selon une tribune signée par 120 organisations emmenées par l’ACLU et Amnesty International, 32 personnes sont mortes en rétention ICE en 2025. 14 décès supplémentaires sont déjà recensés pour 2026. L’avis aux voyageurs émis le 23 avril 2026 par ces ONG est limpide : risque d’ interpellation arbitraire, détention ou expulsion à l’entrée du territoire, profilage racial, fouille des téléphones, traitements dégradants en rétention.

Des groupes de supporters demandent à la FIFA un engagement écrit : pas d’ICE aux abords des stades.

La FIFA n’a pas répondu.

Le football coupé en quart temps, parrainés par Powerade.

Pendant que les visas se négocient, la FIFA repense le jeu lui-même.

En décembre 2025, elle annonce deux « hydration breaks » de trois minutes par match, déclenchés à la 22e minute de chaque période. Quel que soit le temps, quel que soit le stade, y compris dans les enceintes climatisées d’Atlanta, Dallas, Houston ou Los Angeles.

Officiellement, c’est pour la santé des joueurs. Officieusement, The Athletic révélait dès mars 2026 que les diffuseurs ont reçu carte blanche pour basculer en pleine page de pub durant ces fenêtres : 2 minutes 10 d’écran publicitaire par pause, soit potentiellement plus de huit minutes de spots additionnels par match que la FIFA n’avait jamais réussi à monétiser jusque-là. En stade, l’habillage s’appelle « Powerade Hydration Break ». Oui, Coca-Cola est sponsor officiel.

Le football est l’un des derniers sports majeurs sans coupure publicitaire dans le jeu. Cette singularité vient de mourir. Les recherches relayées par Josimar prévoient pourtant que 14 stades sur 16 dépasseront cet été des seuils de chaleur dangereux : on aurait pu déclencher les pauses sur critère thermique, comme le règlement le prévoyait déjà. La FIFA a choisi le critère commercial.

Une Coupe du monde, ou un produit dérivé ?

Après Qatar 2022 et son cortège d’ouvriers morts, on espérait un retour à un Mondial où le terrain primerait. Le triptyque USA-Canada-Mexique 2026 promettait une fête continentale, 48 équipes, 16 villes hôtes, 6 millions de supporters attendus. Il devient une opération de communication trumpiste, sous-traitée à une FIFA qui a transformé la neutralité statutaire en pure fiction.

Le football n’a pas besoin du Prix de la paix d’Infantino. Il a besoin que ses fans puissent entrer dans les stades. Le Mondial 2026 a besoin que ses joueurs ne soient pas privés de leurs familles au stade et que ses minutes ne soient pas découpées en spots Powerade. Il a besoin, surtout, d’une fédération qui se souvienne qu’elle régule un sport , pas qu’elle décore des chefs d’État.

À quelques semaines du coup d’envoi, le score est déjà de 0-1 pour la mascarade.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *