Ultra-runner, Artiste , Icône de la running culture. Ou juste le gars le plus cool d’internet ?
Il court 350 km sans dormir, il tattoo des dos entiers dans son atelier berlinois, et ses Reels font 500k vues avant même que vous ayez enfilé vos chaussures. Bienvenue dans l’univers de Biel (alias @bielruns) la figure la plus déroutante de la running culture actuelle. On se demande parfois si on parle encore de course à pied.
Qui est Biel, ce Brésilien qui a fait de Berlin son terrain de jeu ?

Biel, de son vrai nom Gabriel Barros, est un ultra-runner et artiste tatoueur brésilien basé à Berlin.
Son histoire est celle d’un mec que rien ne prédestinait aux podiums ni aux feeds Instagram ultra-esthétiques. Avant de fouler les asphaltes berlinois en mode ultra-runner tatoué de la tête aux pieds, il a… nettoyé des chiottes. Oui, le titre de la vidéo YouTube qui retrace son parcours, « From Scrubbing Toilets to Running 350km » , n’est pas un titre clickbait. C’est sa vraie vie.
Arrivé en Allemagne sans un réseau établi, Biel a construit son identité à l’intersection de deux mondes que tout oppose en apparence. L’univers du tatouage et celui, moins esthétique, des runs de 100K. Il incarne le Berlin underground, et aussi le Berlin qui se lève très tôt pour enchaîner les kilomètres avant que la ville ne s’éveille.
Biel et The Speed Project : quand l’underground devient légende.

Si vous ne connaissez pas encore The Speed Project (TSP), c’est la course illégale la plus cool de la planète running.
Los Angeles – Las Vegas, 560 km à travers le désert, sans balisage, sans équipement obligatoire, avec une esthétique à mi-chemin entre Mad Max et un lookbook Satisfy. Le genre d’épreuve où les « vrais » runners croisent les influenceurs, et où seul l’ultra-résistant survit.
Biel n’est pas un simple participant à cette course de l’extrême. En avril 2026, il a établi un nouveau record solo LALV en 67 heures et 15 minutes, avalant les 560 km de désert en solitaire. Une performance brute, documentée, réelle. Difficile d’être plus « too much » que ça (et difficile aussi de ne pas s’incliner.)
Ce record lui a d’ailleurs valu une consécration inédite : The Speed Project l’a signé comme son tout premier athlète officiel. Une première dans l’histoire d’une organisation qui se targue précisément de son indépendance vis-à-vis des codes du sport traditionnel.
Pas mal pour un gars qui récurait des toilettes de boite de nuit il y a quelques années.
L’esthétique Biel : running cool ou running show ?
Soyons honnêtes. Biel n’est pas seulement un ultra-runner performant. C’est une marque. Une ésthétique. Un personnage iconographique soigneusement construit, où chaque sortie longue se transforme un contenu.
Ses tatouages à l’excès, son style underground berlinois, ses partenariats avec des marques running premium, la manière dont ses vidéos mixent effort authentique et production soignée. Tout ça crée un personnage inspirationnel qui fascine autant qu’il interroge.
Le runner du dimanche qui termine son 10 km en à boutde souffle se retrouve à scroller les vidéos de Biel, se demandant s’il fait vraiment le même sport.
Et c’est précisément là le paradoxe bielruns. Ses performances sont réelles (350 km, c’est réel). Son authenticité est sincère (son histoire l’est). Mais l’emballage est tellement curated, qu’il crée involontairement (ou pas ) une dissonance entre le running « hype » et les des millions de runners ordinaires qui courent sans community manager.
« Consistency over hype. I’ve been running this loop for years now. »
Biel (@bielruns)
La phrase est belle. Elle est même vraie. Mais postée sur un compte à des dizaines de milliers d’abonnés, avec une esthétique soignée, elle sonne un peu comme le conseil d’une Porsche à une Twingo.
Running culture, influenceurs et le vrai monde : le décalage qui fait mal (et sourire).

Le phénomène Biel n’est pas isolé.
Depuis quelques années, la running culture connait une transformation profonde sous l’influence des réseaux sociaux. Les marques l’ont compris : un influenceur running avec 100 000 abonnés génère plus d’engagement qu’un athlète élite inconnu du grand public. Les sponsors regarde l’audience, pas le chrono.
Résultat ? Une esthétisation croissante de la course à pied, où le » tu cours ? » va avec « montre ton feed ?! ».
La communauté Reddit /r/running elle-même s’interroge : les runfluencers apportent-ils quelque chose de réel, ou vendent-ils surtout une image ?
Certains trouvent que des profils comme Biel « glamourisent » le sport, d’autres que l’excès de mise en scène trahit l’essence même de la course à pied.
Et si les profils atypiques étaient la meilleure chose qui soit arrivée au running ?
Voilà la vraie question.
Parce qu’au fond, des types comme Biel font du bien à la culture running.
Pas parce qu’ils sont parfaits. Pas parce que leur contenu est farci de vanité. Mais parce qu’ils prouvent que la course à pied n’appartient à personne.
Ni aux chronos sub-3h. Ni aux tenues techniques assorties. Ni aux plans d’entraînement de 16 semaines. Un Brésilien tatoué sorti de nulle part, qui a récuré des toilettes et qui traverse le désert américain en 67h est aussi un coureur légitime.
Peut-être même l’un des plus authentiques, à sa manière, baroque et instagrammable.
Les profils atypiques élargissent la tribu. Ils invitent dans le sport des gens que le modèle classique du runner blanc, sobre et discipliné aurait repoussé.
Ils racontent que courir peut être sale, créatif, excessif, et surtout diverse.
Un peu comme Berlin, finalement.
Oui, les Reels de Biel donnent le sentiment qu’on ne court pas assez loin, avec pas assez de tatouages. Mais s’ils donnent envie à quelqu’un de partir courir, alors le show n’est pas vide de sens.